Son oeuvre dialogue avec l’esthétique du cinéma et sublime la scénographie sculpturale. Des sculptures mises en scène sensibles à l’architecture confrontées à l’histoire de l’art et de la littérature, au quotidien, à la philosophie des sciences et à la vie de l’artiste. Comme dans le cinéma et dans l’architecture, la lumière devient matière et outil. L’expression plastique est la sculpture, l’installation, la photographie et le dessin. Depuis le milieu des années 1980, Patrick Raynaud emploie le néon pour rehausser, commenter une image photographique, la plupart iconique, emballée dans des caisses de transport en bois ou en métal. Ces caisses ou Flight-case destinées la plupart au transport d’art, au déplacement ou déménagement d’une oeuvre d’art, résultent formellement d’une image citée en taille mais non en forme. La forme du flight-case se fonde sur le projet de l’artiste, sa vision, sa mise en scène, son commentaire. L’idée conductrice est la transformation d’un objet fixe en objet déménageable : l’image photographique, contenant et contexte de la sculpture, initie au voyage, au départ.

 

Le choix des titres, narratifs et poétiques, invite le spectateur dans un monde souvent mystérieux et littéraire. Les sculptures et installations sont conçues pour des lieux d’exposition en particulier. La notion de l’in-situ joue un rôle fondamental dans la conception du travail de Patrick Raynaud et de ce qu'il appelle l'in-situ déménageable. L’oeuvre, masse médiatique et postmoderne, se réfère à l’esthétique de l’oeuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin, qui, dans ce contexte, constitue son commentaire sculptural. Le temps, aussi une notion de l’image en mouvement, est traité par le concept de l’in-situ déménageable.

 

Les sculptures des années 1985 se référent en tant que métaphore aux formes archétypales de la maison, de l’escaliers, du cube, du pont, du cône et de tours qui eux, sont souvent combinées à la lumière, artifice du spectacle et de la mise en scène de l’objet et de la pensée. L’exécution des objets architecturales simple, en bois, en carton ne se trouve alignée, cheminée ou ordonnée. La mise en scène organique est un trompe oeil qui visualise une continuité imaginaire de l'espace. La sculpture se fond avec l'espace, disparaît dans l’incertitude et fait vivre l’objet dans la narration du spectateur. Les objets et sculptures, mystérieux dans leur présence, s’emportent par un souffle d’invisibilité. La présence et l’absence de l’objet, mis hors champs, se trouve délicatement posé sous un voile légèrement en mouvement.

 

Formellement dans STRATEGIES ET FICTIONS de 1986, Patrick Raynaud lie son vocabulaire de la sculpture à l’utilisation de forme à caisson souvent sur roulette, ce qui dans les années à venir deviendra le label de l’artiste PATRICK RAYNAUD. Ce sont des caissons lumineux, le „Flight Case“ noir avec des charnières argentées et combinées à une photographie cibachrome sous plexiglas. Patrick Raynaud combine avec l’image photographique d’une oeuvre d’art citée, d’un objet quotidien, d’un modèle également des caisses de transports d’art en bois signées par les entreprises telles que Roggendorf ou Hasenkamp en Allemagne. L’image est toujours une photographie cibachrome recouvert d’un plexiglas et illuminées par des tubes de néon, qui, parfois souligne la composition de l’image visibles pour les éditions WATEAU’S TRAVEL, 1994 ou VAN GOGH’S LIGHT CASE, SUNFLOWERS, 1995. Le travail de Patrick Raynaud interpelle les lectures de simulacre et soulève le provisoire stable, le transit fixe, l’instabilité fluide, la permanence de l’éphémère en contre sens à l’éternité.

 

Le modèle dans l’oeuvre de Patrick Raynaud se réfère à des présentations picturales chrétienne du Christ mort de Hans Holbein, V.O., 1995; LE FESTIN CANNIBALE, LA TABLE DU SAVOIR ET DU DESIR, 1993; TEATRO ANATOMICO, 1991 ou à la présentation du corps entre l’état d’éveil doux, de sommeil profond ou de mort.

L’installation PORTES, COCHONS PENDUS, 1994 montre des athlètes pendus aux chevilles en position détendue, de relâche. Des titres d’oeuvres comme RELIQUAIRES, 1992 et ABLUSIONS, 1992 suivent la représentation de cultes et de pratiques religieux transposés et interprétés dans la vie quotidienne. L’artiste iconique allemand Caspar David Friedrich est thème et sujet des TOURNIQUETS, 1992 parmi les CARTES POSTALES, 1991, d’Histoire de l’art dont les portraits de femmes. Les CARTES POSTALES, 1991 sont des présentoirs avec des photographies cibachromes fragmentées en format standard des cartes postales.

Le projet des bassins MONET’S WANNEN : NYMPHÉAS et BADESCHÖNHEITEN, 1992 fait partie d’un cycle de réflexion sur les NYMPHÉAS de Claude Monet dont les CARTES POSTALES et MONET’S SUITE CASE, NYMPHEAS, un flight-case en forme de paravent de 1990.

 

Impressions

A selection of some artworks 

 

 

Text by © Alain Charre 1989

 

"Patrick Raynaud, issu du cinéma et utilisant en tant que sculpteur toutes les ressources de l’espace (volumes, lumière, photographie, installation) a exposé dans de nombreux pays et pris une place singulière sur la scène artistique ces dernières années. Son travail, proche de certaines tendances sans adhérer à aucun mouvement, à la fois critique et éminemment plastique, se développe autour de quelques concepts-clés qui lui permettent de passer d’oeuvres monumentales dans la ville à des interventions plus légères, centrées sur les échanges et les mouvements de l’art, avec la même pertinence“

© Alain Charre, PATRICK RAYNAUD, SCULPTURES, Jack Damase Editeur, Paris, 1989, pp. 27-46, ff extracts and quoting.

 

Patrick Raynaud
L’INCENDIE AU GRENIER / THE FIRE IN THE ATTIC,

 

Bois découpé et peint, charnières métalliques, matériel électrique, ampoules-flammes
Premières exposition en 1985

„Première apparition de la maison archétypale (à deux pignons et exempte pour cette fois de percement) à l’intérieur d’une forme architectonique plus évoluée (le fronton caryatide) 
mais en voix de destruction (simulation d’une fin de consumation par des ampoules-flammes animées)“.

 

Patrick Raynaud
LA CHUTE DES ANGES (DU HAUT DES TOURS) / THE FALL OF THE ANGELS (FROM THE TOP OF THE TOWERS)
Bois découpé, fer, luminaire à multiples projections
Premières exposition en 1985

„Caryatides à l’envers, comme les atlas soutenant le monde, douze figures découpés matérialisent l’espace central de l’exposition déterminée par l’emplacement des mâchicoulis qui du dernier étage de la tour aboutissent à la rue que l’on surplombe. L’analogie est faite entre la chute de projectiles mortels et la chute des anges, dans un grand déploiement de rayons lumineux qui transpercent l’espace à grande vitesse et en tout sens pour finir par décrire des trajectoires aléatoires sur les murs de pierre, décrivant ainsi comme dernier plan de l’oeuvre l’architecture du lieu lui-même. Le détournement de ce luminaire, réservé d’ordinaire aux boîtes de nuit et qui sera repris dans une pièce à Grenade, est bien représentatif de la façon dont les éléments simples sont empruntés à la production industrielle d’aujourd’hui servent à évoquer des faisceaux de référents situés très en deçà, tout en donnant à voir de façon immédiate à la fois les éléments construits de la pièce et l’espace qui la contient. La plupart des œuvres de Patrick Raynaud joue avec ces trois types d’éléments différemment conjugués : objets manufacturé / objets construit / espace de l’exposition pour répondre à la question spécifique posée par la telle ou telle „présentation artistique“. D’autres pièces déjà construites dans COMÉDIES ET MYSTERES jouent (...) sur l’alternative : objet de culte / objet d’art.“ Les autres titres, significatif de la série sont : „Amour Profane“; „Amour Sacré“; „Dix Petits Bustes“; „Vision Céleste“; et „La Marmite de Satan“.

 

Patrick Raynaud
CONFESSIONNAL / CONFESSIONAL
Bois découpé et doré, moucharabieh, textiles, velours, ventilateur, laiton, tubes fluorescents.
Premières exposition : Carcassonne, 1985


„Type de construction „ à caryatides „ s’en référant cette fois-ci à l’architecture mobiles des églises. La pièces possède, librement adaptés, tous les éléments constitutifs d’un confessionnal et met en place un système de frustration de la perception : rideau de velours hermétiquement clos mais agité de mouvements dont on ignore la cause (ventilation intérieure), moucharabieh suffisamment obstrué par des gazes superposés pour qu’on ne puisse qu’entre’apercevoir l’intérieur de la pièce, dos de construction volontairement visible, mais non traité plastiquent. La croix, constituée de deux petits tubes fluorescents du commerce simplement ligaturé, affiche la référence religieuse de cette exposition qui instaure un amalgame entre l’objet d’art et objet de culte“

 

Patrick Raynaud
ESTRATEGIA PARA UNA NOCHE FICTICIA
Bois, fer, volages, ventilateurs, luminaire à multiples projecteurs animés
Premières exposition : Gnade, 1986
„Piece „in situ“ située au centre de la salle d’exposition, au plan cruciforme (un hôpital construit par Isabelle la Catholique après la domination maure en Andalousie, d’une architecture hautement symbolique)“. 

 

Patrick Raynaud
STRATEGIES ET FICTIONS (JOURNAL DE VOYAGE EN GRECE)
Bois peint, tissu, gyrophares, photographies cibachrome Première présentation : Venise, 1986
„Passage d’un espace fictif (photo cibachrome de la partie sculptée) à un autre (l’au-dessous du lieu d’exposition) en passant par différente distorsions d’échelles (une colline sur une table, un chariot transportant un fragment de montage), tandis que des images encadrées (un monochrome de velours froissé, une maquette en papier qui brûle, l’agrandissement d’une carte postale ...) donnant d’autres images du temps qui passe. En absence de toutes précisions concernant le lieu où se tiendrait l’exposition „Appert 86“ pour laquelle les deux dernières pièces étaient préparées, Patrick Raynaud avait décidé d’envoyer à Venise une sorte de „croquis de voyage“ de l#endroit où il séjournait alors, en l’occurence le Péloponèse (d’où le sous-titre). Un catalogue comportant des fragments de journal de voyage réel accompagnait cette exposition„.

 

© Patrick Raynaud 

© Alain Charre 1989

Brigitte March International Contemporary Art 

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